Françoise DANY est une spécialiste de la théorie des carrières et de l’évolution de la relation d’emploi à travers le monde. Elle a publié de nombreux articles et ouvrages sur la gestion des carrières des cadres et sur le développement de leur employabilité. Ses recherches l’ont aussi conduite à étudier les phénomènes de résistance organisationnelle et les pratiques de management alternatif. Professeur de gestion des Ressources humaines, puis doyenne de la faculté d’emlyon business school, Françoise DANY est désormais directrice de l’Executive Education et des Relations entreprises.  Fondée en 1872, emlyon business school est l’une des plus anciennes écoles de commerce en Europe. Elle fait partie des rares écoles à bénéficier d’une triple accréditation. Son ambition à travers la formation d’Early Makers, est de contribuer à la transformation des entreprises en mettant à leur disposition des profils « disruptifs », capables d’agir pour avoir un impact significatif. Connecteur de savoirs dans un monde global et digital, emlyon business school brise les frontières, notamment entre école et entreprises. emlyon business school était partenaire de la première édition des Masters LUXE.

Quelle est votre vision du management de demain ? Quels sont les grands changements à anticiper ?
Le management doit se concevoir par rapport à un monde en profonde mutation et dans un contexte de transformation accélérée. Dès lors, le manager ne peut plus s’imposer comme celui qui a les réponses à toutes les questions. Il lui est plus difficile d’apporter des garanties aux collaborateurs. Cette nouvelle réalité peut être inconfortable pour les managers comme pour les salariés qui doivent changer leurs représentations et renoncer à certaines prétentions et attentes. Elle suppose en particulier d’accepter de repenser le rôle de « leader » des managers. S’il leur appartient toujours de donner des caps, ceux-ci seront bien souvent appelés à évoluer et de plus en plus co-construits. Le manager devra alors régulièrement revoir et clarifier les directions à suivre, sans pouvoir certifier que « tout va dans la bonne direction » ; il devra donner du sens aux initiatives et aux efforts consentis dans des logiques de « test and learn » et d’adaptation permanente. Un enjeu clef du management – actuel et à venir – est de créer la confiance et l’envie nécessaires pour que les individus osent se projeter dans un monde incertain et qu’ils soient prêts à engager de nouvelles actions et projets au gré des évolutions.

L’une des origines essentielles des transformations en cours, est bien sûr l’évolution des technologies. L’impact de la technologie sur la volatilité de l’environnement est d’autant plus fort que les outils peuvent s’inscrire en rupture avec les pratiques en vigueur. De fait, ils échappent bien souvent aux seules logiques d’amélioration pour créer de nouveaux usages indépendamment des besoins ressentis par les utilisateurs. L’automobile n’est pas apparue car les voitures à chevaux n’étaient pas assez rapides. C’est la possibilité de remplacer les chevaux par des moteurs, qui a ouvert la voie à un nouveau monde que très peu avaient imaginé. De la même manière, les nouvelles technologies liées aux data, à l’intelligence artificielle, aux sciences de la vie… vont révolutionner les univers personnels et professionnels, sans que l’on puisse encore savoir comment.

Les évolutions à venir pourront constituer de véritables opportunités pour certains. Elles conduiront aussi à des remises en cause profondes et rendront caduques de nombreux savoir-faire. Il est donc de la responsabilité des managers de rester à l’écoute des transformations à venir afin de les intégrer au plus vite dans la stratégie des entreprises et la gestion des compétences.

Quelles sont les innovations qui vont transformer le management des organisations ?
La transformation du management des organisations a déjà commencé : le renforcement des moyens de communication et la possibilité du distanciel, ont fait éclater de nombreuses frontières : frontières géographiques mais aussi frontières de l’entreprise ou encore des marques. Les équipes sont de plus en plus des équipes globales qui travaillent à distance et qui tendent à se recomposer en fonction des besoins à satisfaire pour mieux servir les clients. Pour transformer les expériences utilisateur, les entreprises n’hésitent plus à faire coopérer collaborateurs internes et externes ou à s’associer avec d’autres, dont parfois des concurrents.

L’accès renforcé à une information qualifiée grâce à l’intelligence artificielle, va accentuer encore ces tendances. Il sera de plus en plus facile d’évaluer en temps réel la qualité perçue, d’identifier de nouvelles ressources et de dégager de nouvelles « best practices ».

Dans le monde de l’entreprise, les directions générales en charge de définir les business modèles sont fortement interpellées. Les métiers des ressources humaines vont également être fortement impactés. La data et l’intelligence artificielle qui révolutionnent de nombreux métiers, ouvrent aussi de nouvelles possibilités en matière de gestion des compétences et des carrières. S’il est difficile de prévoir les futurs emplois, l’information sur les savoir-faire à développer va devenir accessible en temps quasi réel à partir de l’analyse par exemple des postes à pourvoir. L’analyse de l’information sur les réseaux sociaux pourra en outre permettre d’identifier des talents. Dit autrement, on voit se dessiner progressivement un marché global des compétences, par rapport auquel les individus pourront se positionner à partir d’outils de mapping indiquant les compétences recherchées et celles qui leur manquent. Ces mappings pourront également aider les organismes de formation à proposer des solutions pour combler rapidement les gaps identifiés. Leur réactivité sera déterminante pour limiter les effets négatifs des disruptions encore à venir et développer l’employabilité du plus grand nombre.

Quel format doit-on anticiper pour la formation ?
Les formations devront permettre un renouvellement récurent et rapide des savoirs. Nous passons d’une logique de stocks, à une logique de flux. Même s’il restera capital de posséder des compétences fondamentales utiles tout au long de la vie, telles que par exemple capacité à apprendre et volonté de faire, beaucoup de compétences vont devoir être mises à jour régulièrement. La conséquence est que les diplômes seront à « validité limitée » avec une exigence de « maintenance ». La formation devra être beaucoup plus fluide et régulière.

Quelle est la place accordée à cette nouvelle approche au sein d’emlyon business school ?
La formation continue et la formation initiale, sont aujourd’hui repensées pour favoriser cette adaptation de nos apprenants à un monde en constante métamorphose. Les formations proposées visent à apprendre mais aussi à désapprendre à travers des « expériences d’apprentissages » conçues pour faire vivre la nécessité de lâcher prise, de penser différemment, d’oser prendre des risques.

Parallèlement à la mise en place d’une pédagogie « early maker », nous évoluons vers le développement de modules de formation courts (inférieurs à une quinzaine de jours) qui pourront être sélectionnés par les individus en fonction de leurs priorités momentanées. Cette orientation vise à individualiser les parcours d’apprentissage. Nos apprenants pourront alors choisir de s’inscrire à un diplôme ou privilégier une logique de certificats dont le cumul conduira éventuellement à un diplôme.

La volonté d’accompagner la transformation des individus pour leur permettre de faire face en temps réel à des transformations radicales des métiers, explique quant à elle, notre volonté d’abolir les frontières entre école et entreprises et la multiplication des partenariats pour co-créer des formations. L’intérêt est de mixer les savoirs académiques et les savoir-faire pédagogiques de nos professeurs, avec les expertises pointues de certains professionnels. C’est ainsi que nous avons développé avec Visiativ, un certificat sur la transformation digitale des organisations, que nous co-développons avec Segeco, un module sur la valorisation des données, ou encore que nous mobilisons des experts de notre partenaire IBM sur l’intelligence artificielle. Le travail sur des makers projects proposés à nos participants, est une autre voie retenue pour doter nos apprenants de compétences disruptives. Un objectif des makers projects, est en effet de transformer nos apprenants en apporteurs de solutions innovantes, par rapport aux défis rencontrés par les entreprises. Les makers projects permettent non seulement à nos participants de travailler sur des sujets d’actualité et de renforcer leur employabilité. Ils donnent aux formations un caractère directement opérationnel et permettent de rentabiliser immédiatement les investissements formation.

emlyon business school a récemment opéré une vaste transformation digitale. Quelles sont les ambitions et applications de cette nouvelle stratégie ?
Le « phygital » – cumul de formation présentielle et digitale – est privilégié pour rendre plus facile l’accès à la formation tout au long de la vie. Grâce à ces nouvelles approches, nous pouvons proposer des formations « on demand », qui peuvent démarrer aux dates choisies par les apprenants, et se dérouler au rythme qu’ils décident.

Dans les cinq prochaines années emlyon business school va investir 50 millions d’euros dans de nouveaux outils. L’école a d’ailleurs signé un Joint Initiative Agreement avec IBM. L’ambition est d’apporter à nos apprenants les contenus et l’intelligence nécessaires pour réussir leur parcours pédagogique et concrétiser leur projet professionnel. L’expérimentation des technologies et assistants intelligents disponibles sur nos campus, sert les processus d’apprentissage à double titre : la bibliothèque intelligente permet par exemple d’identifier et d’interagir avec les autres utilisateurs d’un même ouvrage, tandis que des parcours d’apprentissage personnalisés sont suggérés en fonction des caractéristiques des apprenants. Ces expérimentations proposées sont également une manière de préparer nos participants aux innovations susceptibles de transformer les entreprises et les business, en les confrontant aux pratiques les plus avancées.

emlyon business school a inauguré l’an dernier son premier campus parisien. Pourquoi avoir choisi Paris ?
Il est important pour nous d’être présents à Lyon, mais d’être également connectés à d’autres lieux incontournables qui nous permettent de nous rapprocher des entreprises, de donner de la visibilité à nos partenaires et d’exposer nos savoir-faire. En tant que carrefour mondial, Paris nous permet d’accélérer notre stratégie d’internationalisation.

En quoi ce nouveau campus est-il innovant ?
Nous l’avons pensé comme un lieu de rencontre qui permet à la communauté d’apprenants, d’être au cœur de la cité et de nombreuses activités. C’est un lieu dynamique où il est possible de se ressourcer et d’échanger. C’est un campus connecté, dernière génération, équipé pour permettre de savoir ce qui se passe aux quatre coins du globe et se familiariser avec le monde de l’entreprise.

Pour finir pouvez-vous nous présenter emlyon business school en quelques chiffres ?
L’école a été fondée en 1872. Aujourd’hui, nous accueillons près de 6 000 étudiants et 5 500 cadres en formation continue. Les cours sont pilotés par 130 enseignants permanents et de nombreux experts. Ils sont dispensés dans nos cinq campus de Lyon, Paris et Saint-Etienne en France, Casablanca au Maroc et Shanghai en Chine. Nous rassemblons près de 1 600 entreprises partenaires et 29 000 diplômés dans 118 pays, avec 100 ambassadeurs en France et à l’international.

Paris le 3 janvier 2018.
Propos recueillis par Mathilda PANIGADA

Programmes executives à Lyon et Paris :

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Contact : https://executive.em-lyon.com/Contactez-nous

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