Dans le métro ou sur les réseaux sociaux, impossible d’être passé à côté de cette campagne de communication atypique et pleine d’humour, derrière laquelle se cache pourtant un enjeu des plus sérieux : servir l’emploi. Lancée en 2016 par Adeline et Alexia, l’application RH Mitch tire son épingle du jeu grâce à son fonctionnement ludique et intuitif, inspiré du « swipe » de Tinder. L’application repose sur le principe de la géolocalisation. Mais surtout, Mitch incite les recruteurs à miser sur les valeurs, le savoir-être, la motivation et les qualités des candidats, plutôt que sur leurs cursus académiques et expériences professionnelles. Un concept qui a vocation à révolutionner le recrutement de demain, pour que « le non-cadre d’aujourd’hui devienne le cadre de demain ».

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ? Comment vous est venue l’idée de Mitch ?
Mitch, c’est l’histoire de deux personnes autodidactes et non-diplômées. Mon associée, Adeline, a commencé comme vendeuse avant de se tourner vers le métier d’agent commercial dans le secteur de la publicité. Quant à moi, j’étais comédienne au chômage et serveuse, puis j’ai pris la tête de l’un des établissements du groupe de restauration pour lequel je travaillais, avant d’être promue DRH du groupe puis d’ouvrir mon propre restaurant.

C’est ce parcours hors des sentiers battus qui nous a menées vers la création de Mitch, avec la vocation de créer un outil qui permette de valoriser la personnalité des candidats au-delà les diplômes. À partir de ce concept, nous avons pris contact avec des développeurs qui nous ont accompagnées tout au long de la construction du projet. Après une première levée de fonds, nous avons lancé l’application, en insistant immédiatement sur notre mission : décomplexer et décadenasser le milieu du recrutement.

Quel a été l’accueil de la part des entreprises lors du lancement de l’application ? Y a-t-il des éléments que vous avez dû faire évoluer par rapport à votre plan initial ?
Il y a eu une curiosité immédiate de la part des entreprises. Beaucoup d’entreprises agiles se sont converties très rapidement, portées par les phénomènes de digitalisation et de marque employeur. Nous avons également constaté l’engouement de la part d’entreprises d’envergure, telles que la SNCF ou l’armée de Terre.

Nous sommes convaincues que pour attirer les candidats et impacter les recruteurs, il faut être différenciant, c’est pourquoi nous tenons à maintenir notre concept et notre plan initial, coûte que coûte. Cependant, nous avons rencontré certains défis. Actuellement, nous réfléchissons par exemple à la façon de conserver une communication décalée, qui reflète vraiment notre identité, tout en ciblant les non-cadres de plus de 30 ans.

Justement, quel message avez-vous voulu faire passer via votre campagne de communication et l’univers qu’elle inspire ?
Nous avons créé le personnage de Mitch avant même de développer l’outil. Nous voulions créer un personnage qui soit un accompagnant, aussi bien pour les candidats que pour les entreprises, mais surtout qui participe à démystifier la partie très formelle du recrutement. La mise en place de notre communication s’est accompagnée d’une grosse réflexion, portant sur la façon de convaincre les candidats et les recruteurs d’utiliser un outil à l’esprit ludique, sans que celui-ci occulte les enjeux sérieux qui y sont liés.

Notre image déjantée a beaucoup fait parler d’elle, mais c’est le parcours candidat et recruteur qui est unique chez Mitch. Lorsque le candidat remplit son profil, il met avant tout en avant sa personnalité, ses passions, son savoir-être, et ces informations vont générer un CV articulé autour des valeurs et de la motivation plutôt que de l’expérience. Une véritable valeur ajoutée pour les recruteurs !

mitch-recrutement

Quel est votre business model ?
Nous vivons de notre chiffre d’affaires, réalisé grâce aux revenus engendrés par les annonces publiées par les entreprises, ainsi que les packs d’abonnements premium qui leur sont proposés. En revanche, le service sera toujours gratuit pour les candidats.

Depuis notre lancement, nous avons également réalisé quelques levées de fonds d’accélération.

Mitch en quelques chiffres ?
Aujourd’hui, nous sommes une équipe de 9 personnes. Nous rassemblons 40 000 candidats actifs en Île-de-France, et 200 nouveaux inscrits chaque jour. Nous avons publié les annonces de près de 4 000 entreprises, qui ont posté plus de 8 000 offres d’emploi. Depuis janvier 2018, nous nous déployons dans le reste de la France, et pour le moment cela fonctionne extrêmement bien.

On assiste à l’émergence croissante d’applications de recrutement, comment vous positionnez-vous par rapport à ces nombreux acteurs ?
Les applications et innovations digitales en matière de recrutement ont généré beaucoup d’enthousiasme, mais aussi beaucoup de déceptions. Nous avons observé le fonctionnement de nos concurrents, et énormément appris de leurs erreurs. Cela nous a permis de mettre au point un outil très complet, que nous améliorons et développons en permanence.

Par ailleurs, nous nous démarquons dans le paysage des applications RH en choisissant de mettre l’accent sur la personnalité du candidat, afin que les recruteurs puissent découvrir des profils singuliers et à fort potentiel, et qui se trouvent à proximité grâce à la géolocalisation.

Enfin, nous sourçons nos candidats auprès des plus de 30 ans, car les postes non-cadres ne sont pas exclusivement réservés aux jeunes.

Qui sont vos utilisateurs ?
Des entreprises de tous les secteurs, de l’agroalimentaire au retail, en passant par la restauration, l’accueil, etc. Du côté des candidats, il n’y a pas de profil type, nos utilisateurs ont entre 18 et 50 ans. Nous avons aussi bien des étudiants à la recherche d’un job d’été ou d’un premier emploi, que des personnes souhaitant compléter leurs revenus, ou tout simplement trouver un emploi près de chez eux.

Y a-t-il des entreprises du secteur du luxe qui comptent parmi vos utilisateurs ?
Absolument, Pierre Hermé notamment, qui recherche régulièrement des vendeurs et hôtes et hôtesses d’accueil. L’entreprise a fait appel à nos services à l’occasion de l’ouverture du flagship avec L’Occitane sur les Champs Elysées. Nous comptons également Phone Régie parmi nos clients, qui recherche régulièrement des hôtes et hôtesses d’accueil pour certains grands salons et les entreprises et groupes de luxe avec lesquels elle travaille.

Cependant, le luxe ne représente pas une grande partie de nos utilisateurs, et nous n’avons pas constaté d’élans de curiosité particuliers de la part des marques de luxe. Ce qui est très dommage, car je suis persuadée qu’elles passent à côté de profils très intéressants, et surtout véritablement passionnés.

Quelle est votre vision du recrutement de demain ? Pensez-vous que l’émergence croissante de processus numériques et l’utilisation de la data puissent amener à une forme de déshumanisation du recrutement ?
Je pense que la data est un atout de taille pour le recrutement, mais que cela serait un mauvais recrutement que de se cantonner uniquement à la data. L’analyse des données peut permettre d’identifier certains prérequis, mais la dimension humaine sera toujours fondamentale, pour les recruteurs comme les recrutés. Les applications RH, la data, l’innovation digitale au service du recrutement, doivent permettre de faire gagner en temps et en efficacité, et aller de pair avec la volonté de placer l’humain au centre de toutes les attentions.

Où vous voyez-vous dans cinq ans ?
Nous aurons pris le lead sur le sourcing de l’emploi non-cadre. Mais ce qui nous importe surtout, c’est de parvenir à convaincre les recruteurs de miser sur les qualités et le potentiel d’un candidat et non plus uniquement sur ses diplômes.

Nous souhaitons que le non-cadre d’aujourd’hui devienne le cadre de demain.

Qu’est-ce qui vous anime dans le digital et au contraire, qu’est-ce qui vous effraie ?
La rapidité et la visibilité, je trouve cela formidable.

Le fait que l’on s’engage moins, tout est devenu trop facile.

De quoi êtes-vous la plus fière ?
De travailler pour la mission la plus importante en France : l’emploi.

Le mot de la fin ?
Recruteurs du luxe, ne passez pas à côté de profils passionnés sous prétexte qu’ils ne sont pas diplômés.